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.: Début de saison sous les tropiques :.
Enthousiasmé par ma découverte de la Thaïlande la saison passée (voir article du 17 janvier 2005), je n'ai pas hésité longtemps lorsque l'opportunité c'est présentée de participer avec l'équipe Allemande Profiline au Tour de Thaïlande qui s'est déroulé du 24 au 29 janvier dernier.
Attention ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas d'un quelconque circuit touristique organisé par une agence de voyage mais bel est bien d'une course cycliste avec des étapes longues à souhaits, des cols au profil meurtrier et la garantie d'un dépaysement total avec des contrées traversées où les rizières se succèdent au forêt luxuriante le tout sous un chaud soleil.
.: Les Etapes :.
| Les Etapes |
Les Kilomètres |
| 24/01: Chiang Mai |
Prologue de 5 km |
| 25/01: Lampang-Sukhothai |
205 km |
| 26/01: Sukhothai - Khao Kho |
165 km |
| 27/01: Lom Sak - Chaiyaphum |
222 km |
| 28/01: Nakhon Ratchasima - Khao Hin Son |
198 km |
| 29/01: Pattaya - Suvannabhumi |
123 km |
.: Royal... :.
Réorganisée après 3 ans d'absence au calendrier en l'honneur du 60e anniversaire du règne du roi Bhumibol (la Thailande comme par exemple le Royaume Uni, la Belgique ou le Japon est une monarchie constitutionnelle avec son roi et son gouvernement), cette course promettait de sortir de l'ordinaire dans un pays où le roi est un personnage très respecté, voir vénéré.
Et effectivement sortant de l’ordinaire, elle le fut et cela à plus d'un titre.
Pour le futur vainqueur tout d'abord qui s'est vu remettre un prix spécial de 1 millions de bath (j'ai dû refaire plusieurs fois le calcul mais cela correspond bel et bien à un peu plus de 20 000 Eur, soit en Thaïlande le prix d'une belle petite maison !)
Pour l'ensemble des participants ensuite qui bénéficièrent tout au long de l'épreuve d'une organisation sans faille, rigoureuse et quasi professionnelle. Le meilleur exemple étant la mise à disposition quasiment à plein temps pour chaque équipe en plus du chauffeur, d'une personne anglophone qui assurait le relais entre l'organisation et l'équipe à qui elle était attachée pour toutes les questions de logistiques, d'intendances...
Très vite d'ailleurs Bass le jeune Thai qui nous suivait, ou plutôt qui s'occupait de nous, compris que j'étais pas le plus "pressé" ou "stressé" de l'équipe car chaque matin il venait me voir pour me rappeler à l'ordre et me dire qu'à telle heure il fallait être au bus, à telle autre au départ...
Une vraie mère poule qui poussa le dévouement à nous trouver le dernier soir un véhicule de l'organisation pour nous conduire gratuitement à l'aéroport !
Si on ajoute à cela la très bonne ambiance qui régnait au sein de notre équipe et d'une manière générale dans le peloton, un melting pot ou se côtoyait une vingtaine de nationalité, vous comprendrez aisément que je ne garde que de très bons souvenirs de cette épreuve et ce même si les étapes furent parfois très dure et mes résultats sportifs plutôt modestes (une 8e et une 19e place dans les 5e et 2e étapes et une 32e place au classement général).
Encore que, pour quelqu'un qui, au vu de sa préparation hivernale, ne voyait cette épreuve que comme un excellent entraînement où l'unique but était de finir, je trouve que j'ai largement remplis mes objectifs, ma plus grande satisfaction étant de terminer l'épreuve dans un état de fraîcheur assez surprenant.
.: Vendredi 27 janvier - 4e étape, Lom Sak - Chaiyaphum :.
Allez, puisqu'il s'agissait d'une course et que si vous êtes sur ce site c'est que vous vous intéressez au moins un peu au cyclisme,, je vais quand même vous parler du déroulement de l'épreuve et vous décrire le quotidien d'un cycliste, participant au tour de Thaïlande.
Vous êtes prêt ?
Suivez moi direction Khao Kho un petit village à plus de 700m d'altitude au coeur d'un massif montagneux du centre du pays où nous sommes arrivés la veille. Pour la petite histoire après l'arrivée au centre du village, on nous a conseillé, celui-ci n'étant pas très loin, d'aller à l'hôtel à vélo.
Oui pas très loin effectivement, mais au sommet de la montagne avec des pentes à plus de 20% à escalader le sac sur le dos. Comme retour au calme c'était raté, mais quelle récompense une fois arrivée. Un hôtel une nouvelle fois très luxueux, en pleine nature, avec un panorama exceptionnel sur les montagnes environnantes. Dommage que nous ne puissions pas y rester plus longtemps !
"Cocorico !" non ce n'est pas le coq du village qui souffre d'insomnie, mais le portable de Frédéric qui à 5H du matin sonne le réveil (c'est vrais je ne vous l'avez pas encore dit mais Frédéric Jautzy m'a accompagné en Thaïlande)
Dehors il fait encore nuit noire et la température est bien fraîche (on est quand même loin des -10°c qu'il fait au même moment en Alsace) mais déjà il faut se réveiller pour prendre son petit déjeuner (du riz) car à 6H30 tout le monde doit rejoindre les bus pour un transfert vers la ville départ de cette étape. Après un transfert un peu mouvementé suite à un début d'asphyxie général dans notre bus en raison de la surchauffe des freins dans la longue descente vers la plaine (après avoir conseillé au chauffeur d'utiliser le frein moteur cela alla beaucoup mieux !), nous sommes arrivés à 7H précise à Lom Sak.
Comme tous les matins, le départ fut donné à 8H devant, quasiment comme seuls spectateurs, des centaines de gamins qui étaient venu de toutes les écoles de la ville. Heureusement qu'ils étaient là tous les jours pour mettre de l'ambiance, car sinon les lignes de départ et d'arrivée auraient été bien vides le cyclisme n'intéressant que très (très) peu les Thaïlandais plus portés sur le football Anglais, le tennis et surtout le golf.
Au programme de cette étape 225 km en direction du Sud Est jusqu'à Chaiyaphum, avec comme principale difficulté en plus de la longueur un massif montagneux à traverser culminant à 900m d'altitude. Dès le départ l'équipe Marco Polo du leader prend les choses en main et impose son tempo jusqu'au pied de la difficulté du jour au 15e km. Un petit mot sur celle ci car ici en Thaïlande les ascensions (on ne peut pas parler de col) sont très particulières. Si on se fie au seul profil, assez sommaire il est vrai, de l'étape on se dit que gravir 700m de dénivelés sur 37 km, soit 2% de pente moyenne, est certes long mais finalement pas trop exigeant.
Mais en fait, une fois scotché dans la pente sur le 39/23 on se dit que cela va être beaucoup plus dur que prévu. En effet ici chaque ascension est un interminable toboggan ou les brèves descentes qui succèdent à des pentes de souvent plus de 10%, ne sont là que pour souffler un peu et annoncer une nouvelle côte dont chacun espère qu'elle sera moins longue ou pentue que la précédente. Démoralisant à l'extrême !
Forcément sur un tel terrain le peloton explosa complètement et ce n'est que vers le 90e km qu'il se regroupa allégé d'une trentaine de coureurs pour qui la journée allait s'annoncer très longue et difficile et donc le seul objectif était désormais de rentrer dans les délais.
Pendant ce temps à l'avant de la course trois coureurs menaient grand train sur les interminables lignes droites et planes qui succédaient maintenant sans transition aux montagnes tout juste derrières nous. Il faut dire qu'on retrouvait là deux coureurs du Team Giant Asie Racing dont le 3e au classement général qui se retrouvait maillot jaune "virtuel".
C'était là le début d'un incroyable bras de fer: Marco Polo contre les échappés avec comme spectateurs les rescapés du peloton en file indienne dans la bordure !
Kilomètre 110.
Non rien de spécial, sauf que je viens de prendre un gros coup de déprime en constatant sur mon compteur que nous n’avons même pas dépassé la mi-course. Mes jambes émoussées, c’est un euphémisme, sont de plus en plus douloureuses. J’ai la gorge sèche et les bidons vides, mais à l’allure où ça roule je me vois mal aller à l’arrière pour me ravitailler.
Kilomètre 160.
Tout le monde est toujours en file indienne. Cela fait 20 kilomètre que je suis dans la roue de ce Hollandais. Il faut dire que je l’ai choisi tout exprès celui-là car il coupe bien mieux le vent que les petits gabarits indonésiens !
L’écart entre les hommes de tête et le peloton est toujours supérieur à trois minute. Dans ces conditions les Marco Polo ne sont pas près de « débrancher » pour nous permettre de souffler un peu.
Franchement vu mon état, je me demande comment je vais faire pour tenir dans le peloton jusqu'au bout !
Je commence même à faire de savants calculs du genre si je fais 60 km tout seul à 30 km/h et que le peloton les parcourent à 45 km/h, combien aurais je de retard à l'arrivée et serais encore dans les délais ?
C'est vous dire mon découragement à ce moment-là.
Le mieux et de pas y penser et puis il ne sera pas dit que je me ferai battre par ce gamin, unique rescapé du Bahrein qui est toujours encore dans le peloton. On se motive comme on peut dans ces cas là !
Kilomètre 190.
L’équipe Marco Polo bien aidée par une équipe Indonésienne, vient de gagner son match contre les échappés. Mais à quel prix !
Rhys Pollock l’ancien coureur de la Pédale d’Alsace terminera l’étape dans l’ambulance victime d’un coup de chaleur…
A ce moment, comme souvent dans ces cas là, un petit groupe en profita pour se faire la belle avec la bénédiction de l'équipe du leader. En ce qui me concerne je dus certainement trouver mon troisième, voir quatrième souffle, puisque je me surpris à attaquer et lorsque momentanément le peloton se scinda en deux à la faveur d'une petite bosse, je ne m'en rendis même pas compte. Bon je n'étais pas si facile non plus, puisqu'au moment du sprint final pour la 7e place je ne pus rien faire. Incapable d'accélérer dans les 200 derniers mètres je termine 22e de l'étape, soit une place devant Ahmed Salman Daij le coureur du Bahrein !
224 km en 5H32 soit 40,5 km/h de moyenne malgré les sûrement plus de 1000 mètres de dénivellés, le tout par une température dépassant très vite 30°C. Belle partie de manivelles...
Sitôt arrivé, rapide débarbouillage, puis direction l'hôtel juste en face de l'arrivée pour le déjeuner (du riz). Ensuite tout le monde dans les bus pour un transfert de 110 km vers Nakhon Ratchasima ou aura lieu le départ de la 5e étape. Lorsque enfin on arrive à notre hôtel vers 16H30, c'est la ruée pour trouver les chambres et surtout monter nos affaires au plus vite avant que les ascenseurs ne soient complètement envahis. Je ne vous dis pas la tête des touristes qui voient arriver d'un oeil curieux cette horde de cyclistes dont certains n'ont même pas encore enlevé leur maillot !
Une fois les affaires montées, une bonne douche, un peu de lessive, puis petite balade en ville à la recherche d'un cybercafé ( ici assez nombreux, bien équipés et surtout pas cher: en moyenne 0,4 Eur/l'heure).
Vers 19H nous nous retrouvons tous pour le dîner (encore du riz), puis pour deux d'entre nous une heure de massage entre les mains expertes de Nadia notre masseuse avant une bonne nuit de sommeil ... et un nouveau réveil à 6H demain matin !
Au vu déroulement de cette journée, vous constaterez d'une part que celles-ci étaient bien chargées et que malheureusement cela nous laissait ni le temps de faire du tourisme, ni même celui de profiter des agréments offerts par nos hôtels. Et d'autre part vous n’aurez pas manqué de noter que la condition essentielle pour pouvoir participer à cette course et d'aimer ... le riz servi ici matin, midi et soir à toutes les sauces pourvues qu'elles soient épicées.
Michel KAUFFMANN
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