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.: Une semaine Carpates au programme de Michel Kauffmann :.
L’équipe Allemande Profiline avec laquelle j’avais déjà pu participer en janvier au Tour of Siam, étant invitée durant une semaine en Roumanie, j’ai saisi cette nouvelle opportunité de sortir des sentiers battus et découvrir de nouveaux horizons tout en parfaisant ma condition physique.
Au programme de cette semaine, une course par étapes sur 3 jours - le mémorial Dan Racasan - suivi d’un mini stage histoire d’accumuler les cols et les kilomètres, le tout à Campulung une petite ville de 14 000 habitants nichée en plein cœur des Carpates au pied des sommets enneigés.
Un petit mot sur la course
Disputée sur 4 étapes (2 étapes de montagne, 1 CLM en côte et un critérium pour finir) cette course offre la particularité de voir ses étapes se disputer sur une seule et même route !
Il faut dire que le réseau routier roumain est plutôt en piteux état et qu’ici au fond de cette vallée il n’y a qu’une seule route ne se terminant pas en sentier pour chèvres.
Une route pour deux solutions tout de même. Soit prendre la direction de la plaine et de la ville de Pitesti (pour la petite histoire, siège de la marque Dacia où sont fabriqués les Renault Logan), ou alors attaquer dès la sortie de Campulung une succession de côtes permettant de passer d’une vallée à l’autre, pour finalement escalader un long col et rejoindre Brasov en passant devant le château du célèbre comte Dracula !
Et bien vous l’aurez devinée c’est la deuxième solution qui a été choisie par les organisateurs Ce qui donna lieu à deux étapes rigoureusement identiques (la 1ère et 3e), courtes de 80km (40km dans un sens jusqu’au sommet du col, puis 40km en sens inverse) mais difficiles avec à chaque fois 1600m de dénivelé.
La 2e étape contre-la-montre en côte se déroulait à nouveau sur cette même route et son parcours reprenait simplement les 3,2km du premier col à la sortie de Campulung.
Enfin la 4e étape était plus classique puisqu’il s’agissait d’un critérium de 65 km se déroulant en ville.
Participer à une course en Roumanie est une expérience atypique et ce dès le départ, puisqu’on retrouve dans le même peloton toutes les catégories de coureurs depuis des membres de l’équipe nationale roumaine, jusqu’aux cadets en passant par un concurrent handisport !
Heureusement que le premier col n’est pas très loin pour faire une première sélection car certains concurrents ont une manière de rouler en peloton assez peu orthodoxe…
L’autre particularité d’une course en Roumanie est les nombreux « obstacles » que peut rencontrer un peloton dans sa progression et ce malgré la présence d’une escorte policière.
En effet vaches, chevaux ou ânes, tous en libertés n’ont qu’une idée assez particulière du code de la route et policier ou pas il arrive que l’un de ces animaux d’allure débonnaire soit pris d’une soudaine envie de voir si l’herbe n’est pas plus verte et tendre de l’autre côté de la route !
Encore heureux qu’il ne soit pas venu à l’esprit de l’un des 3 000 ours vivant en liberté dans les Carpates de sortir de sa tanière pour venir voir ces humains peu ordinaires sur leur drôles de machines.
Ajoutez à cela la présence sur certains tronçons de la route de nombreux trous et vous comprendrez qu’il valait mieux rester vigilant et à trop admirer le splendide paysage qui se déroulait devant nos yeux, on se retrouvait vite la roue avant plantée dans un trou.
Il n’empêche, malgré tous ces pièges, la course se disputa dans des conditions correctes et notre équipe n’eut à déplorer qu’une seule crevaison sans conséquence.
Maintenant que le décor est planté un mot quand même sur mes résultats : deuxième au classement général, 3 podiums dont une victoire et une 5e place au contre-la-montre (en tout 9 podiums et le classement par équipe pour l’équipe Profiline !).
Non je ne suis pas devenu un grimpeur hors pair, et je suis toujours aussi mauvais dans les chronos.
Disons simplement que le niveau des cyclistes roumains est dans l’ensemble assez faible …
Autant vous dire que lorsqu’ils apprirent en discutant avec nous que nous n’étions pas des professionnels mais de simples « petits » amateurs, ils furent presque déçus en se disant que décidément ils avaient encore du chemin à faire pour arriver au niveau des professionnels qu’ils ont l’occasion de voir à la TV lors du tour de France.
Un mot enfin sur le pays, ses habitants et les impressions que j’ai pu m’en faire.
Parler de la Roumanie revient tout de suite à évoquer la dictature que faisait régner Nicolae Ceausescu longtemps maître absolu du pays.
Quinze ans après son exécution, cette époque est bien révolue et petit à petit la Roumanie s’efforce d’aller de l’avant pour définitivement clore le noir chapitre de l’ère Ceausescu et en ouvrir un nouveau d’ici 2007 avec l’adhésion souhaitée à la communauté Européenne. Un processus qui malheureusement ne va pas sans mal pour le peuple roumain, l’un des plus pauvre d’Europe.
Même si là-bas tous les habitants sont millionnaires (1 eur équivaut à 36 000 lei), cela ne signifie évidemment pas qu’ils en ont le train de vie. Au contraire, même si en Roumanie la vie est bon marché pour nous touristes occidentaux, là bas avec un salaire moyen de 130Eur par mois acheter plus que le nécessaire relève très vite du luxe inabordable.
Et encore, parler d’un salaire moyen est bien trompeur puisque seul 60% de la population entre 16 et 59 ans possède un emploi et que la majorité des chômeurs ne touchent aucune indemnité alors qu’à contrario le salaire moyen d’un chef d’entreprise se situe à 2500Eur par mois.
C’est dire que les charrettes tirées par des chevaux et les vieilles Dacia 1310 copies des Renault 12 des années soixante-dix déclinées dans les versions break, berlines et même tuning pour les plus jeunes ne sont pas prêtent de se faire détrôner par la nouvelle Logan vendu ici à partir de 5000 eur.
D’ailleurs si en Roumanie acheter une voiture neuve est un luxe que peu de personnes peuvent se permettre, rouler même avec sa veille Dacia en est un également vu le prix exorbitant de l’essence.
Jugez plutôt. A 30 000 lei (soit 83 cts d’euros), le litre de diesel coûte aussi cher que 6 pains ! Alors forcément ce n’est pas en Roumanie que les gens vont prendre leur voiture pour faire 500m et acheter leur pain. Et dire qu’en France on trouve que l’essence est chère…
Pays pauvre peut être, mais miséreux certainement pas. Et s’il n’y avait pas ces immeubles un peu vieillots et surtout assez défraîchis et ces vieilles Dacia branquebalentes on pourrait tout à fait se croire dans une ville d’un quelconque pays méditerranéen avec son chaud soleil, ses « magazin », ses « patiserie », ses « librarie », sa « biblioteca municipala », ses « hotel », ses « farmacie » et…sa « corsa cyclista ».
Et oui, si la Roumanie est un pays dit de l’Est, plus proche de l’Ukraine ou de la Turquie que de l’Italie, le roumain est bel et bien une langue d’origine latine comportant 60% de mots venus directement ou indirectement du latin. Et même si actuellement l’anglais à tendance à détrôner le français en tant que langue étrangère enseignée à l’école, il n’est pas rare de rencontrer des personnes parlant, ou du moins, comprenant le français ce qui facilite évidemment le dialogue.
Si les Roumains sont très avenants et toujours prêts à discuter avec vous, ils aiment également prendre leur temps et flâner. Pour s’en rendre compte il suffit de se promener en ville où règne à toute heure de la journée une atmosphère de vacances avec de nombreux badauds, des jeunes préférant siroter une bière ou un coca à l’ombre des terrasses plutôt que d’aller en cours et des bancs du parc municipal toujours occupés par ces mêmes joueurs de bagdamon (une sorte de jeux de dames) qui y passent visiblement leur journée…
Alors forcément on n’est plus tellement surpris lorsqu’on se retrouve lors d’une sortie d’entraînement devant une longue file de voitures le moteur coupé (rappelez vous ici l’essence coûte cher…) arrêtées devant une barrière de chemin de fer abaissée et dont les conducteurs discutent entre eux en attendant patiemment que, dans un premier temps le garde barrière finisse d’enlever avec un bâton les cailloux coincés entre les rails et la route, puis dans un deuxième temps, que le train annoncé depuis un moment déjà veuille bien arriver.
Bon après cela je voulais encore vous parlez un peu des Carpates et des magnifiques paysages qui rendaient nos sorties d’entraînements si plaisantes. Mais là, bien mieux que des mots je vous laisse jeter un coups d’œil sur les photos et après cela, vous en conviendrez avec moi « Effectivement cette région de la Roumanie encore méconnu mérite bien un petit détour … »
Michel Kauffmann
PS : pour le petit détour comptez quand même 3 400km allez retour
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