.: Compte-rendu du Roc d'Azur 2003 par Pierre Lebreton :.

    "Le Roc d'Azur, c'est une véritable institution pour tout compétiteur en cross-country". Mais l'évènement prend une résonance toute particulière lorsque nous découvrons de plus près l'état du massif, deux mois plus tard. La reconnaissance, qui ne constituait habituellement qu'un rappel du parcours que nous connaissons bien, est cette fois teintée d'une certaine émotion.

    Les chemins eux-mêmes ne sont pas trop changés. Certaines trajectoires sont plus lisibles du fait de la vue dégagée, mais le parcours est toujours aussi ludique. C'est parfois surprenant de découvrir à quel point le vide est proche du bord du chemin, une fois démasqué par la combustion d'une haie d'épineux...on ne soupçonne pas toujours les risques que l'on prend.

    Mais dimanche matin, sur la ligne de départ, mes pensées sont ailleurs. De mémoire, je crois que les premières lignes regroupent la plus belle brochette de coureurs jamais vue sur le Roc. Si certains, comme Julien Absalon, y clôturent leur saison dans une optique de détente, cela reste un grand rendez-vous que beaucoup aimeraient accrocher à leur tableau de chasse...

    Comme d'habitude, ça part très vite et ça frotte beaucoup, car les premiers kilomètres sont plats. Coincé au premier virage, je trouve un couloir dès la deuxième ligne droite, j'en profite pour remonter, avec une facilité qui me surprend. Mais ça continue de frotter énormément car tout le monde cherche à passer les deux premiers goulets d'étranglement le mieux placé possible, d'abord sous la route côtière, puis dans la première montée, un single track technique. Je prends beaucoup de vent pour assurer ma position, et me retrouve deuxième à l'entrée de la première difficulté. C'est Frischknecht qui a pris le commandement, je m'accroche et découvre à la sortie du single que nous ne sommes plus que deux. Un groupe revient avant la première descente, composé de Paulissen, Martinez, Brentjens, Al Thijs, et Inaki Lejarretta.



    Tout explose dans la montée qui suit le passage sous la route du Bougnon, Thijs est impressionnant et part tout seul. Mais la fin de la montée est de plus en plus raide, et je me rends compte que je vais rentrer sans problème, je temporise donc et suis presque rejoint par Miguel Martinez et JC Péraud, qui revient de plus loin, et n'a pas participé aux premières escarmouches. Je bascule en tête, et au premier virage serré, Thijs s'étale, puis se fait rouler dessus par Jean-Christophe ! Nous sommes désormais trois Français à l'avant, Miguel nous exhorte à rouler : « c'est tellement beau qu'on soit là, tous les trois ! ». Mais le massif brûlé nous laisse très souvent à vue de nos adversaires, et la poursuite est effrénée. Je n'ai toujours pas été ravitaillé, je suis mort de soif, ça me rend plutôt nerveux. Tant pis, je décide de ralentir pour être sûr d'aller au bout, Miguel et Jean-Chris me distancent un peu. Au même moment Thomas Dietsch fond sur moi, le visage grimaçant. Lui qui était venu sans pression, semble une fois de plus transcendé par « son » Roc d'Azur. Nous nous encourageons mutuellement quand il me passe, avec un braquet impressionnant.


    Arrivé au Bougnon, je suis assourdi par les encouragements, on m'annonce à 15 secondes. Mais si le public me porte, je pète totalement les plombs lorsque je récupère enfin à boire. Je me dis que de toute façon, c'est trop tard, que j'ai déjà soif depuis longtemps, et que dans moins d'une demi-heure, les crampes me paralyseront. Je ne suis pas venu pour faire dixième, ça ne m'intéresse pas, alors à quoi bon souffrir encore ? Peu avant de redescendre sur le lotissement de La Gaillarde, alors que la course est presque terminée, les premiers poursuivants me doublent, les premiers d'une longue série, que je laisserai passer avec indifférence. Ma tête n'est malheureusement plus au Roc, et ne l'a probablement pas été du week-end, car je ne sais pas si je vais continuer le vtt. Trop de questions polluent ma motivation, et une simple circonstance de course a suffit à me couper le moteur. Je ne parcours les derniers kilomètres que pour récupérer mon sac au camion du team et aller prendre une douche. Resterons de la journée, les souvenirs d'une belle baston, et le plaisir inaltérable de piloter dans ces chemins exceptionnels."


    NDLR : Pierre Lebreton du team Bianchi-Eurostar a finalement terminé le Roc en 37ème position.


Source www.velo101.com